Robert Boyer sur le capitalisme et la pandémie

3 Oct, 2020 at 11:20 | Posted in Economics, Politics & Society | 4 Comments

Pour qualifier la crise que nous traversons, les économistes oscillent entre « crise sans précédent », « récession la plus grave depuis 1929 », ou encore « troisième crise du siècle » – après celles des subprimes de 2008 et de l’euro en 2010. Qu’en pensez-vous ?

COVID-484x323.jpg

Le terme de « récession » s’applique au moment où un cycle économique, arrivé à une certaine étape, se retourne pour des raisons endogènes – ce qui suppose que l’étape suivante sera mécaniquement la reprise, également pour des raisons endogènes, avec un retour à l’état antérieur. Or il ne s’agit pas ici d’une récession, mais d’une décision prise par les instances politiques de suspendre toute activité économique qui ne soit pas indispensable à la lutte contre la pandémie et à la vie quotidienne.

La persistance d’un vocabulaire économique pour désigner une réalité politique est étonnante. On a parlé de « soutien » à l’activité, alors qu’il s’agit plutôt d’une congélation de l’économie. Le plan de « relance » est en fait un programme d’indemnisation des entreprises pour les pertes subies, mené grâce à l’explosion des dépenses budgétaires et au relâchement de la contrainte de leur refinancement par les banques centrales …

La destruction de capital et de revenus est d’ores et déjà colossale – il faut donc s’attendre à une baisse durable du niveau de vie moyen. Et on ne peut guère compter sur la libération soudaine de l’épargne bloquée pendant le confinement parce que, étant donné la transformation du chômage partiel en chômage tout court du fait de l’accumulation des pertes. Cette épargne devrait se muer en épargne de précaution, qui ne sera libérée qu’une fois la confiance revenue.

La stratégie économique guidée par l’idée qu’il s’agit d’une récession – et qu’il suffit donc de maintenir ce qui reste de l’économie en l’état, puis de relancer l’activité pour revenir à la situation antérieure … est de ce fait vouée à l’échec. L’année 2020 pourrait rester dans l’histoire non pas seulement comme celle d’un choc économique du fait des pertes, colossales, de PIB et de la paupérisation de fractions importantes de la société, mais encore comme le moment où des régimes socio-économiques, incapables d’assurer les conditions de leur reproduction, ont atteint leurs limites. Il n’y aura de « sortie de crise » que lorsque la transformation structurelle de l’économie qui est en train de se dérouler sous nos yeux sera suffisamment avancée.

Le Monde

4 Comments »

RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

  1. “La stratégie économique guidée par l’idée qu’il s’agit d’une récession – et qu’il suffit donc de maintenir ce qui reste de l’économie en l’état, puis de relancer l’activité pour revenir à la situation antérieure … est de ce fait vouée à l’échec.”

    Absolutely. And yet economists and Model tell us that all has happened is that we are at the ZLB; this gives us scope to just use fiscal policy to get interest rates back to ‘normal’, and then we can on using monetary policy based on estimates of ‘NAIRU’ to proceed as before.

    No serious questions about what led us to this situation in the first place which is the real key to understanding and thereby addressing it.

    How can such education, training and thinking possibly prepare you to understand the fundamentals of capitalism to prescribe the right policies?

  2. “La destruction de capital et de revenus est d’ores et déjà colossale – il faut donc s’attendre à une baisse durable du niveau de vie moyen.”
    .
    The Fed has recapitalized markets by printing money. We can easily maintain standards of living because we way overproduced before the pandemic. Probably 90% of jobs are frivolous.

    • “Probably 90% of jobs are frivolous.”

      So why are there never enough cashiers at checkouts (or people to assist with automated checkouts), dirty toilets, not enough nurses and care home workers, list goes on. How do you get wages to reflect the true value and demand for these services? We can see that leaving it to the market mechanism is not the answer. But what is the answer?

      • Basic income is the answer. Then, if you want toilets cleaned and the elderly cared for, you have the time to do it yourself. You can design better self-checkout software that needs no humans.
        .
        As it is, I clean all the toilets I use anyway. It would be easier if public toilets left some brooms and mops and bleach to use …


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Blog at WordPress.com.
Entries and comments feeds.